Biographie de Philippe de Commynes
Histoire de France

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Philippe de Commynes

DATE DE NAISSANCE : 1445
DATE DE MORT : 1511
LIEU DE NAISSANCE : Renescure
LIEU DE MORT : Argenton
BIOGRAPHIE : Philippe de Commynes

Parcours d’une vie
Commynes est né vers 1445, vraisemblablement dans une famille d’origine yproise, les de Le Clyte, dont l’anoblissement date de la fin du XIVe siècle. On connaît le destin de ces familles patriciennes auxquelles l’état bourguignon offrait la possibilité de réussite parfois fulgurante. Plusieurs générations de la lignée des Commynes ont servi à divers niveaux de l’administration ducale. L’entière dévotion au service du duc explique les préjugés au sujet des communes flamandes. L’éducation du jeune Commynes est confiée à son cousin Jean de Commynes. A l’automne 1464, Philippe le Bon l’attache, en qualité d’écuyer, à la personne de son fils, le comte de Charolais, d’une dizaine d’années son aîné. Premières armes à ses côtés. Durant les années passées dans l’intimité du comte devenu duc à la mort de son père Philippe le Bon, il apprend à connaître et à supporter le tempérament violent de son maître. Mais les rapports sont de confiance, car il lui confie plusieurs missions diplomatiques, en Angleterre en particulier, où le jeune Commynes commence à tisser des réseaux. Ce sont les premiers échanges que l’on peut supposer riches et intenses : contacts humains et matériels (livres, tableaux…).
Dans la nuit du 7 au 8 août 1472, Philippe de Commynes quitte furtivement le camp établi sous les murs d’Eu par Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, pour rejoindre aux Pont-de-Cé, Louis XI, roi de France. Choix capital, auquel pourtant Commynes, dans ses Mémoires, ne consacrera pas plus d’une demi-ligne. Est-ce la simple trahison d’un seigneur déçu ? C’est cela, mais bien plus et bien autre chose. Au-delà des simples mobiles économiques les plus évidents, des facteurs psychologiques, idéologiques et moraux ont joué. Les affinités entre Commynes et Louis XI sont nombreuses. C’est bien le choix d’un homme que fait le mémorialiste, et également d’un système de gouvernement. On connaît les frustrations qu’il a éprouvées au service du Téméraire. Sans doute ne sait-on pas tout des violences dont Commynes a pu être l’objet ni de leur contexte, mais le portrait qu’il nous trace du duc dans les Mémoires est suffisamment éloquent. Il y avait rejet d’un côté, attraction de l’autre. La célèbre rencontre de Péronne entre Louis XI et Charles le Téméraire (9-14 octobre 1468) a été déterminante dans la décision de Commynes d’abandonner le Téméraire. On connaît les circonstances de l’événement : le départ soudain du roi à Péronne, « l’erreur » (le mot est de Commynes) commise par Louis XI qui, au moment même de sa rencontre avec le duc, envoie à Liège des agents chargés d’attiser la révolte des habitants, cependant qu’il néglige d’informer ces mêmes agents de l’initiative qu’il va prendre à Péronne. La perspective d’une fin tragique de Louis XI n’avait rien d’inconcevable. Commynes a-t-il joué un rôle décisif dans la sortie heureuse de Louis XI de ce mauvais pas ou a-t-il donné à l’événement une importance sans mesure avec la réalité ? Louis XI reconnaît dans des lettres de don que, « à un moment crucial de sa vie, alors qu’il courait le risque d’être enfermé, notre conseiller et chambellan, sans crainte des risques qu’il pouvait courir, nous avertit de tout ce qui était indispensable pour notre bien, si bien que, grâce à lui, nous nous sortimes des griffes de nos ennemis… ».
Trois mois n’étaient pas écoulés que Louis XI remplaçait largement ce que Commynes avait perdu en quittant le Téméraire. On ne dira jamais assez l’importance des dons consentis par le roi au transfuge. Ce fut d’abord, par un acte du 28 octobre 1472, une charge de chambellan, le titre de conseiller correspondant à une pension de 6 000 livres tournois. La munificence royale l’enrichit d’un magnifique établissement en Vendée, la principauté de Talmont avec ses nombreuses dépendances. Autre faveur : Louis XI, - c’est un aspect de sa « tyrannie » conforme à sa réputation de « roi marieur » - règle également les conditions du mariage de Commynes avec Hélène de Chambes, fille du seigneur de Montsoreau et de Jeanne de Chabot. Il s’agit d’une des plus anciennes et des plus illustres maisons du Poitou, et c'est le roi qui fournit la somme de 30 000 écus pour transférer aux nouveaux époux l'entière possession du domaine d'Argenton en Poitou (janvier 1473). Désormais, c’est sous le nom de « Monseigneur d’Argenton » que Commynes est connu.
Jusqu’à la mort de Louis XI en 1483 Commynes joue un rôle important à son service. Commynes est l’homme de Louis XI. Les étapes de son ascension politique, parallèle à l’obtention de biens fonciers, sont rapides : capitainerie du château de Chinon (1472), terre et seigneurie de Chaillot-lès-Paris (1474), office de sénéchal de Poitou (1476), capitainerie du château de Poitiers (1477).
Le seigneur d’Argenton mène grand train, même dans les dix dernières années de sa vie, à un moment où on le dit éloigné des centres de pouvoir. Et ce avec d’autant plus de passion, pourrait-on dire, que la situation du transfuge reste précaire. Cette précarité tient à la nature nouvelle et transitoire des solidarités ainsi créées. C’est le sens des lettres royaux de Charles VIII (9 mars 1486) qui retirent à Commynes l’ensemble des biens que son ancien maître lui avait généreusement donnés. Il est vrai que cette précarité s’attache à tous les conseillers de Louis XI, et pas seulement aux transfuges, mais ces derniers sont plus fragiles que les autres. Dans l’impossibilité d’assurer leurs arrières, ils s’engagent dans des voies imprévues et incertaines. C’est le cas de Commynes, qui, pendant la Régence d’Anne de Beaujeu, joue un rôle actif dans la coalition formée à l’automne 1484 pour enlever le jeune Charles VIII. On le retrouve auprès des princes rebelles, à Verneuil, à Montargis puis à Paris, vers le milieu de 1485. Après un court séjour à Montsoreau, il se réfugie auprès du duc Jean de Bourbon, à Moulins, d’où il tente de coaliser les princes, envoyant des missives à des destinataires dont les noms sont codés. Commynes est arrêté au mois de février 1487, enfermé au château de Loches, dans une cage de fer, où il demeurera cinq mois, avant d’être transféré à Paris, d’où il voyait de sa fenêtre les bateaux remontant la Seine.. Son procès se termine en mars 1489, par une confiscation du quart de ses biens et par une sentence de relégation pour dix ans. Les tracasseries judiciaires ne cesseront jusqu’à sa mort en 1511.
Si les considérations financières et économiques ont joué un rôle capital, peut-être trop, dans les choix de Commynes pendant et après la mort de Louis XI, il y a un domaine où ses compétences et son intelligence se sont pleinement manifestées : c’est la diplomatie. Commynes a passé une quarantaine d’années au service de trois rois, Louis XI, Charles VIII et Louis XII, plus si l’on tient compte l’expérience bourguignonne. Une quarantaine d’années au cours desquelles le transfuge, le diplomate a vu s’élargir continûment son aire d’activité. De longs passages des Mémoires sont consacrés aux difficiles tractations entre princes. Sans oublier les livres VII et VIII (un tiers des Mémoires) consacrés à l’expédition italienne et aux manœuvres diplomatiques. Louis XI avait cette qualité que lui reconnaît le mémorialiste : il savait choisir les hommes en fonction des missions qu’il leur fixait. Le champ d’action de Commynes fut donc celui de la diplomatie italienne. La seconde moitié du XVe siècle voit se mettre en place l’institution des ambassadeurs résidents permanents. L’innovation, qui est due à la République de Venise, gagne tous les Etats de la péninsule et même le champ européen. Louis XI, assez méfiant à l’égard de ces pratiques, était au contraire intéressé par tout ce qui touchait l’art des négociations officieuses et secrètes. Les considérations que Commynes développe dans les Mémoires concernent surtout cet aspect des choses. Hormis les deux grandes missions officielles de Commynes à Florence en 1478 et à Venise en 1494-1495, c’est dans ce large champ de la diplomatie souterraine que Louis XI et son ambassadeur agissent efficacement. Commynes lui-même met en oeuvre cet art du secret, de la « pratique », en plusieurs circonstances des missions diplomatiques qui lui sont confiées par Louis XI ou Charles VIII. Le point d’orgue de cette activité diplomatique, c’est Venise. Une bonne cinquantaine de pages traite dans les Mémoires du séjour de Commynes à Venise. Elles nous en livrent la première longue description connue.

Œuvres de Commynes

Ses Mémoires ont été rédigés en deux temps: les livres I à VI entre 1489 et 1491, les livres VII et VIII (consacrés à l'expédition italienne) entre 1497 et 1498, étant entendu que les Mémoires n'ont pas été écrits d'une seule venue : on relève des traces de retouches, dans la dernière partie surtout. Les premières éditions des Mémoires datent de 1524 (livres I-VI) et de 1528 (livres VII-VIII).
En plus des Mémoires on a conservé des lettres : une centaine de lettres aujourd’hui répertoriées (soit un ensemble épistolaire dont on connaît peu d’équivalents en langue française pour une période aussi reculée que le XVe siècle) ; parmi les destinataires de ces lettres, outre les rois et reines (Charles VIII, Anne de Bretagne…), on compte les membres de l’état-major de la banque Médicis, Laurent de Médicis, le clan Sassetti, Francesco Gaddi...
Commynes est le seul auteur médiéval dont la réception a été continue du Moyen Age au XXe siècle. Aucun auteur n’a connu une pareille fortune. On ne compte ainsi pas moins de 120 éditions entre 1540 et 1643.
Les Mémoires de Commynes ont été traduits dans de nombreuses langues, dont la dernière est le Russe (1981). L'édition des Mémoires publiée à Genève en 2007 est la première édition véritablement critique des Mémoires de Philippe de Commynes. Elle constitue la pièce maîtresse de l'édition en cours à Genève du corpus commynien, avec les lettres déjà publiées, et les « Pièces originales » à paraître.

Bibliographie sommaire :

Philippe de Commynes, Mémoires, édition critique par Joël Blanchard, Genève, Droz, 2007, 2 vol (Textes littéraires français, 585)
Philippe de Commynes, Mémoires, éd. Joël Blanchard, Livre de Poche (Lettres Gothiques), 2001
Philippe de Commynes, Lettres, éd. Joël Blanchard, Genève, Droz, 2001 (Textes littéraires français, 534) Philippe de Commynes, Mémoires, traduction de l'ancien français par Joël Blanchard, Pocket (Agora), 2004
Joël Blanchard, Philippe de Commynes, Paris, Fayard, 2006

Pour un complément d’informations, voir le site : http://commynes.univ-lemans.fr


Joël Blanchard


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